Article cover - Entretien avec Tarik Bougherira par David Chanteranne

Interview

Entretien avec Tarik Bougherira par David Chanteranne

Ancien sportif de haut niveau, membre de l’équipe de France de lutte Gréco-romaine, Tarik Bougherira a intégré à l’âge de 18 ans l’Institut National des Sports et de l’Expertise de la Performance (INSEP) ainsi qu’une grande école de management, Léonard de Vinci à La Défense.

Suite à une blessure survenue un an après son intégration à l’équipe de France, il a intégré le monde de l’art en s’occupant de la gestion de l’une des plus prestigieuses collections privées d’objets du Premier Empire dans le monde.

C’est à travers les neuf longues années de gestion de cette collection qu’il a su aiguiser sa curiosité ainsi que son sens de l’expertise sur cette période riche autant historiquement qu’artistiquement.

David Chanteranne. Comment débuter une carrière d’expert ?

Tarik Bougherira. Avant tout être un expert c’est développer un esprit de curiosité une forte sensibilité grâce à l’expérience. Pour moi la meilleure formation reste celle du terrain, celle d’observer, de toucher et de comparer mais cela ne suffit pas toujours.

Pour être un expert, il est nécessaire d’avoir une rigueur intellectuelle qui doit sans cesse être alimentée par de nombreuses lectures et documentations pour préserver un esprit critique.

Quels sont les écueils à éviter pour débuter une collection ?

Lorsque l’on commence à collectionner, il faut à mon sens raisonner par passion et coup de cœur. Une collection se construit avec un noyau qui doit être bien délimité soit par un thème ou par une période. Cela permet ainsi de ne pas trop s’éparpiller et de permettre ainsi d’aller chercher l’objet rare.

Comment être sûr d’une provenance ?

Une provenance fait partie intégrante de l’objet, elle est l’ADN même de l’objet. Elle est une garantie supplémentaire dans la traçabilité de l’œuvre. Cependant, bon nombre d’œuvres ont perdu leur provenance à travers les années et tout l’enjeu est de les retrouver et de les reconstituer. Pour cela, il faut réaliser un travail fastidieux d’archives que ce soit dans les catalogues raisonnés, catalogues d’exposition ou d’archives familiales.

Le marché napoléonien est-il dynamique ?

C’est un marché extrêmement actif qui voit arriver chaque année de nouveaux collectionneurs et de passionnés. Il est dynamique en deux points :

Premièrement, à travers une importante focalisation sur certains collectionneurs médiatiques sur le marché, bien qu’il existe en réalité de très nombreux autres collectionneurs plus discrets qui constituent de formidables collections.

Ensuite, il existe d’innombrables objets à travers le monde qui sont redécouverts régulièrement. Malgré une période courte, le premier empire reste une période extrêmement riche dans la production artistique.

Quels types d’œuvres trouve-t-on actuellement ?

On trouve une grande diversité d’œuvres : sculptures, objets d’arts, peintures… Comme indiqué précédemment, cette période étant extrêmement riche en production, elle nous offre aujourd’hui un panel complet de toute la production artistique.

Les acheteurs sont-ils davantage européens, américains, russes ou asiatiques ?

C’est une question qui évolue au fil des années. Il s’agit d’un marché très international qui tend à basculer majoritairement vers l’Asie d’où l’ouverture pour fin 2019 – début 2020 d’une seconde galerie à Pékin après notre galerie parisienne. Il existe des différences dans la vision de collectionner selon les régions du monde. À titre d’exemple le marché américain est d’avantage tourné vers l’objet d’art et la période impériale tandis que le marché asiatique est plus focalisé sur le souvenir historique et la période du Général Bonaparte. Le collectionneur européen est quant à lui plus sensible à la période du Consulat avec l’héritage considérable qui lui a été légué.

Parmi les récentes acquisitions, quelle est celle qui vous a le plus enthousiasmé ?

Toutes nos acquisitions m’enthousiasment. C’est la manière dont on les acquiert qui les rend exceptionnelles, comme pour la tasse et sous-tasse au profil du Roi de Rome, commandées à la Manufacture Impériale de Sèvre en 1811 pour sa naissance, dont le projet est conservé à Sèvre et dont ignorait la localisation jusqu’à aujourd’hui.

Que recherchez-vous pour compléter votre offre ?

Complet est un mot qui n’existe pas chez les marchands d’art car nous sommes dans la recherche continue de « l’œuvre » et de « l’objet ». Ce qui m’intéresse le plus c’est la redécouverte d’œuvres inconnues ou non localisées.

Dans quelle direction souhaitez-vous orienter ?

À l’approche du bicentenaire de la mort de l’Empereur, notre galerie s’efforce d’être aujourd’hui encore plus qualitative et de se focaliser d’avantage sur les œuvres d’art.

De plus, nos projets asiatique et chinois en particulier nous confortent dans cette ambition de faire rayonner l’Empire auprès de ce public si sensible à la période napoléonienne. Cette période est si riche qu’il reste encore beaucoup de travail et de redécouvertes à faire.

Propos recueillis par David Chanteranne à l’occasion de la publication d’un catalogue pour l’édition 2019 de La Biennale Paris.

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