Henri Félix Emmanuel Philippoteaux

1815 - 1884

Appel à la Victoire devant Sébastopol

1854

90 x 93,5 cm

Huile sur toile, signée et datée en bas « F. Philippoteaux.1854 » ; cadre de bois doré.

Allégorie de l’appel à la victoire des troupes françaises
pendant la Guerre de Crimée.

Sous la protection de Napoléon, sortant des nuées parmi les cadavres de la Grande Armée, qui rappellent la désastreuse campagne de Russie de 1812, l’œuvre sonne quarante ans plus tard comme un encouragement à la revanche contre l’armée russe. Tous les corps de troupes de l’Armée française sont représentés et semblent suivre la voie de la victoire indiquée par l’empereur Napoléon, représenté en stratège, pointant du doigt les forteresses russes de la péninsule de Sébastopol.

Contemporain de la Guerre de Crimée, le tableau participe au vaste mouvement lancé conjointement par le ministère des Beaux-Arts et celui des Armées pour glorifier la première grande campagne du régime de Napoléon III, et suivre les principaux événements de la Guerre de Crimée contre la Russie. C’est le moment où les troupes françaises entament le siège de Sébastopol qui durera près de 11 mois d’octobre 1854 à septembre 1855.

Elève de Cogniet, Félix Philippoteaux se fera connaitre et apprécier dans la peinture d’histoire et en particulier dans l’histoire militaire. Débutant au Salon de 1833, il s’attire les faveurs de la Monarchie de Juillet qui lui commande régulièrement dès 1835, des œuvres pour la famille royale et pour les décors militaires devant orner le tout récent Musée de Versailles. En 1840, il est envoyé par Louis-Philippe en Algérie où il suit la campagne de l’Oranais du duc d’Aumale. Si ses œuvres sont à Versailles, la plupart de ses croquis et aquarelles, faits pendant son séjour, sont conservés au Musée Condé à Chantilly. C’est à cette époque qu’il connut le général Randon qui, devenu Gouverneur de l’Algérie sous le Second Empire, recommandera l’artiste auprès du nouveau régime.

Mais il semble que Philippoteaux qui était connu pour avoir été très proche de la famille d’Orléans, ait peiné à obtenir de nouvelles commandes. En 1854, il sollicitait auprès de Nieuwerkerke et du Ministère des Beaux-Arts un encouragement ; Si j’étais assuré de votre appui et du concours du gouvernement, dit-il, il serait heureux de présenter son projet de tableau [Archives Nationales, Série F21/102, Dossier n°45 Philippoteaux]. A la même époque, il était soutenu par le marquis de Dampierre pour le placement du portrait du général Dampière au côté de Custine, dans les galeries de Versailles [Archives Nationales, Série F8, année 1854] Artiste excellent pour représenter les scènes militaires, Philippoteaux se devait avant tout de flatter le régime de Napoléon III pour s’attirer de nouvelles commandes. Il profita de la guerre de Crimée pour illustrer une série de scènes de batailles sous forme d’esquisses ou de manière plus abouties, dont un certain nombre est aujourd’hui conservé dans les plus grands musées :

Le général Pélissier et son état-major [conservé au Musée de l’Armée, n° d’inventaire 04951 ; Eb 396]

Episode de la guerre de Crimée en 1854. [Musée de Versailles, MV7676; MV1944bis], illustrant une charge des chasseurs d'Afrique commandés par le général d'Allonville à la bataille de Balaklava, le 25 octobre 1854. Le tableau présenté au salon fut commandé par le ministère des Beaux-Arts en 1860 ; le ministre avait alors demandé à l’artiste de légèrement modifier certains éléments du tableau [Archives Nationales, Série F21/102, Dossier n°45 Philippoteaux].

Mort du général Bizot devant Sébastopol. Acquisition du Musée de Versailles, confiée à l’école Polytechnique en 1901 [Dossier des Archives Nationales, Série F21].

Philippoteaux poursuivra ses mêmes efforts en 1859-1860, à l’occasion de la Guerre d’Italie, en représentant plusieurs scènes de la Bataille de Montebello [Musée de Versailles, MV5128], L’Empereur Napoléon III félicitant le Général Forey à Voghera après la bataille de Montebello [collection privée], ou encore Les troupes du général Forey après Montebello [collection privée].

Notre tableau montrant les troupes devant Sébastopol est une claire apologie des campagnes napoléoniennes ; il s’inspire des tableaux allégoriques qui furent réalisés à l’époque, tel celui d’Horace Vernet dans l’Allégorie de l’exil, ou plus contemporain, celui de Cabasson dans l’Apothéose de Napoléon III. Ces trois œuvres qui représentent Napoléon ou les troupes de la Grande Armée sortant d’une nuée onirique, invitent le spectateur dans la légende napoléonienne, en montrant dans le contexte des actualités contemporaines du second Empire, la légitimité de Napoléon III dans la continuité de l’œuvre de son oncle.

Provenance

Collection privée américaine.

Voir Musée Carnavalet, « reproduction d’une peinture de Philippoteaux, mise en vente en 1975 »

Biographie

Henri Ortholan. La representation de l’armée du Second Empire par la peinture. In Cahier de la Méditerranée, n°13 (2011).

Aude Nicolas. Les rapports franco-britanniques à travers la peinture militaire representant la guerre de Crimée. In Revue historique des armées, n°264 (2011).

Sources

Archives nationales, Série 20144790 / 175 (Dossier Philippoteaux)