Martin-Guillaume Biennais

1764-1843

Coffret de nécessaire d’argenterie de Bonaparte Premier Consul

Circa 1801

44 x 24,5 x 30 cm

Coffret rectangulaire en acajou signé sur la platine de serrure « Biennais Md tabletier ébéniste au Singe violet, rue Saint-Honoré n°511 à Paris », coins, baguettes et brides de renfort en laiton, petites plaques et poignées latérales rabattables en laiton, serrure en forme de trèfle avec tirage à deux points d’ancrage, abattants à compas soutenant le couvercle à pan incliné orné d’un écu au chiffre « B » dans une couronne de lauriers et de chênes, intérieur compartimenté de velours vert pour le rangement de 72 pièces et un plateau, cordon passementé de fil d’or sur les côtés, pièce de maroquin brun avec inscriptions en lettres dorées « 36 couverts et 36 couteaux ».

Exceptionnel et rarissime coffret à argenterie au chiffre « B » de Bonaparte, nécessaire personnel du futur empereur, un des deux connus et ayant subsistés à ce jour, le seul détenu en mains privé.

L’adresse figurant sur le coffret permet de dater assez précisément l’objet sous le Concordat en 1801, à une époque où Biennais est en passe de devenir le fournisseur attitré du Premier Consul puis de la Cour Impériale. Objet de luxe d’un raffinement sobre, le style et le décor de notre coffret sont caractéristiques de cette période où la maison Biennais s’impose dans la fabrication de nécessaires, petits coffrets transportables en bois rare creusé dans la masse, et pouvant contenir un grand nombre d’objets ingénieusement imbriqués dans un minimum d’espace.

Installé à Paris en 1786, Biennais (1764-1843) avait débuté ses activités d’ébénisterie avec la marquèterie et la fabrication de jeux, avant de racheter le fond du tabletier Claude-Louis Anciaux. Au début de la Révolution, il développe ses affaires et se spécialise dans la fabrication de petits meubles de rangement de luxe et de nécessaires de voyage, activités qu’il complète en offrant des pièces d’orfèvrerie. En 1790, Biennais tient alors boutique non loin des Tuileries, à la fameuse enseigne du Singe Violet, au 510-511 de la Rue Saint-Honoré ; au gré des différents régimes qui se succèdent, la numérotation de l’adresse indiquée par le maitre-tabletier change pour devenir successivement le « 511 Rue Honoré » à la fin du Directoire, « 511 Rue Saint-Honoré » en 1801 au moment du Concordat, « 119 ou 121 Rue Saint-Honoré » en 1803, puis le n°283 sous l’Empire.

Réputé pour son habileté et la maitrise de son art dont on vante la finesse d’exécution et la richesse des matériaux adoptés, Biennais sut s’attirer les faveurs de Napoléon Bonaparte peu avant le coup d’Etat du 18 Brumaire. Dans son discours prononcé lors des funérailles de Biennais en 1843, Taillandier rapporte le témoignage de la fille du maitre tabletier, indiquant que son père fut le seul négociant à avoir fait crédit au jeune général de fournitures importantes : Le général Bonaparte, à son retour d’Égypte, voulut monter sa maison. Il ne possédait encore d’autre fortune que sa gloire ; aussi, les négociants auxquels il s’adressa d’abord refusèrent de lui vendre à crédit. Biennais eut plus de confiance dans l’étoile du jeune général, et il lui fit des fournitures considérables sans s’occuper de l’époque où elles lui seraient remboursées. Napoléon fut reconnaissant de cette marque de confiance, et, devenu empereur, il prit Biennais pour son orfèvre (…). On peut supposer que l’aspect pratique des nécessaires de voyage proposés par Biennais était propre à séduire non seulement un général souvent en campagne mais aussi, par le luxe des articles proposés, « la coquette et mondaine Joséphine ».

Le chiffre « B » de Bonaparte apposé sur le coffret montre clairement que le nécessaire à argenterie lui a été remis pour son usage personnel et précède une vaste commande du Premier Consul pour pourvoir à un service de table de deux-cents couverts. Si l’absence de l’argenterie est aujourd’hui à déplorer, on retiendra cependant qu’elle n’avait été probablement pas fournie par Biennais lui-même qui faisait appel à des intermédiaires tels que l’orfèvre Genu, ou encore les spécialistes du couvert Lorillon ou Naudin. Biennais obtiendra en effet l’autorisation d’insculper un poinçon (pour lequel il choisit un singe comme symbole) fin 1801 sans avoir le titre officiel d’orfèvre qu’il gagnera peu après comme fournisseur officiel du Premier Consul. On sait d’autre part que toute l’argenterie de Napoléon sera fondu sous le second Empire.

Faisant partie des toutes premières commandes du jeune Napoléon Bonaparte, notre coffret à argenterie de Biennais est similaire au nécessaire de porte-manteau conservé au Musée du Château de la Malmaison ; ce dernier, provenant de la collection de la famille du prince Napoléon est de même facture, portant les mêmes signatures et adresse, avec un écusson au chiffre « B » de Bonaparte parfaitement identique. Les deux nécessaires détenus l’un en main privée, l’autre par l’un des plus prestigieux musées, ont pu être réunis, comparés et identifiés sur leur lieu d’origine à la Malmaison en septembre 2020, avec l’aimable participation de M. le Conservateur.

Biographie

Dion-Tenenbaum, Catalogue d’exposition, L’Orfèvre de Napoléon, Martin-Guillaume Biennais, Paris, musée du Louvre, 2003-2004.

Dion-Tenenbaum, Martin-Guillaume Biennais, une carrière exceptionnelle, Annales de la Révolution française, n°340, avril-juin 2005, p. 47-55.

Alphonse Taillandier, Éloge funèbre prononcé par Alphonse Taillandier, préfet de la Seine, lors de l’enterrement de Martin Guillaume Biennais, Moniteur universel, 30 mars 1843, p. 613.

Œuvre en rapport 

Biennais, nécessaire de porte-manteau de Napoléon Bonaparte, conservé au Musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau.

Remerciements

À Mme Anne Dion-Tenenbaum, Conservateur en chef du département des objets d’art du Musée du Louvre, spécialiste de Biennais, pour sa consultation sur le coffret à argenterie, soulignant la rareté de ce type de nécessaire.

À MM. Bernard Chevallier & Amaury Lefébure, Conservateurs du Musée de la Malmaison, ayant permis la confrontation historique des deux nécessaires subsistants du jeune Napoléon Bonaparte.