Louis Dupré

1789-1837

Le roi Murat à la Bataille de Panaro

1818

111 x 79.5 cm (cadre inclus)
67 x 41 cm (hors cadre)

Scène de la bataille des Panaro : le Roi Murat félicite le général Carlo Filangieri blessé

Dessin signé daté en bas à gauche « Dupré, 1818 » ; pierre noire et estompe sur papier préparé ; sous marie-louise, cadre de bois doré de l’époque, cartel gravé légendé « S.M. le Roi JOACHIM, entouré de son grand écuyer, le duc de ROCCA-ROMANA et son fils, du Général PEPE, du Lieutenant-Général Comte MANHES, vient auprès de son aide de camp Carlo FILANGIERI, blessé le 4 avril 1815, à la bataille Panaro contre l’armée autrichienne commandée par le général BIANCHI, et le nomme lieutenant-général sur le champ de bataille. Louis Dupré 1789-1837. »

Remarquable œuvre représentant la scène mémorable dans laquelle Murat, à l’issue de la Bataille de Panaro, félicitait son aide de camp gravement blessé, Carlo Filangieri, pour la défense héroïque qu’il organisa face à l’Armée autrichienne.

La première bataille de la guerre napolitaine

Aussi connue sous le nom de bataille de Modène ou de Castelfranco, Panaro fut le premier grand affrontement de la guerre napolitaine menée par le Roi de Naples, Joachim Murat, pour maintenir son trône. Le Congrès de Vienne ayant décidé de rétablir les Bourbons sur le trône de Naples, Murat avait profité du retour de Napoléon sur le continent, pour déclarer la guerre à l’Autriche dès le 15 mars ; il lança le 30 mars suivant, la proclamation de Rimini, incitant l’Italie à se soulever sous sa bannière et dirigea son armée vers le nord, afin de s’opposer aux troupes autrichiennes commandée par le général Bianchi, cantonnées dans le duché de Modène. Après plusieurs combats près de Césena, Bianchi s’était replié sur une ligne défensive derrière la rivière Panaro, tandis que Murat prenait Ancône puis Bologne. Une division napolitaine sous le commandement de Michele Carascosa tenta alors de franchir le Panaro en dirigeant sa principale charge au passage de Castelfranco Emilia. C’est au cours de ces violents combats que Carlo Filangieri se distingua tout particulièrement en s’élançant, comme Bonaparte autrefois sur le pont d’Arcole, contre les troupes autrichiennes ; retrouvé couvert de blessures, il fut alors promu sur le champ de bataille, lieutenant-général par Murat. Cette victoire permit au Roi de Naples de repousser les Autrichiens qui se replièrent derrière le Pô, et d’occuper le duché de Modène. Brillant officier issu d’une illustre famille napolitaine, Carlo Filangieri (1784-1867) était au service de la France depuis 1798 ; après avoir participé à la campagne d’Austerlitz, il avait été attaché auprès de Murat puis de Joseph Bonaparte lorsque celui-ci monta sur le trône d’Espagne. Renvoyé après un duel, il retourna au service de Murat qui le nomma général en 1813, commandant l’avant-garde de l’Armée de Naples.

Une œuvre à la gloire des Filangieri

Elève de David, peintre officiel du Roi Jérôme Bonaparte, et particulièrement apprécié de la famille Impériale, Louis Dupré nous offre ici un dessin d’une très grande finesse d’exécution, où les moindres détails sont magnifiquement rendus, de la précision des uniformes à la figure des principaux acteurs représentés sur la scène. Loin d’être statique, l’ensemble dégage au contraire un mouvement et une énergie que renforce une maitrise parfaite des techniques du dessin, telle l’estompe utilisée pour évoquer la poussière s’élevant au-dessus des combats, ou encore la vapeur qui se dégage des nasaux du cheval de Murat. Exécutée lors d’un séjour à Naples, l’œuvre de Dupré donne un aperçu flagrant des futurs talents de lithographe de l’artiste ; elle rend avant tout hommage à l’action héroïque du général Filangieri, dont la famille fut l’un des principaux mécènes de notre artiste après l’Empire.

Au centre de la composition, le Roi de Naples, descendu de son cheval blanc que maintient un Mamelouk, salue la bravoure de Filangieri, blessé à la jambe et soutenu à terre par les grenadiers de la Garde Napolitaine ; derrière Murat, se tient son Grand Ecuyer, Lucio Carraciolo duc de Rocca-Romana (1771-1836), en tenue de colonel, entouré de ses vélites à cheval de la Garde Royale ; ce dernier avait fait partie de la dernière escorte de Napoléon lors de la campagne de Russie ; il se distinguera encore à à Tolentino, dernière bataille de la guerre napolitaine. Arrivant à sa suite, nous trouvons le général Charles-Antoine Manhès, (1777-1867) premier aide de camp de Murat, ancien commandant la gendarmerie napolitaine et gouverneur de Naples, puis le général Pépé, chef d’état-major de la division napolitaine. On distingue enfin à l’arrière-plan, la poursuite des combats sous la bannière du Roi de Naples.

Louis Dupré (1789-1837), un artiste né, découvert par la famille impériale

Extrêmement doué dans les arts, apprécié des grands et en particulier de la famille impériale, Louis Dupré est à redécouvrir ; sa vie trop courte mais pourtant brillante laissa peu de renseignements à la postérité, et c’est l’écrivain Villenave, ami de l’artiste, qui en parle le mieux dans le discours élogieux qu’il prononça sur sa tombe : A l’âge de quinze ou seize ans, religieusement épris d’un art dans lequel il devait plus tard obtenir d’honorables succès, le jeune homme avait un jour quitté sa modeste demeure, accompagné d’un ami pour dessiner à la campagne quelques vues de riants paysages ; il avait laissé son ouvrage entre les mains de son compagnon, pour pousser plus loin ses excursions et ses recherches. Le hasard fait passe alors en ce lieu Joseph, frère de l’empereur Napoléon ; il voit le camarade de Dupré qui, assis sous un arbre tenait un paysage ; il y jette un regard curieux, s’arrête, examine et admire ce dessin. Il demande quel en est l’auteur ; on lui répond : « c’est un jeune homme sans fortune, sans maitre, qui travaille d’instinct, qui cherche un avenir et qui rêve peut-être ». Le prince interroge encore, se fait donner l’adresse de l’artiste en espérance, et s’éloigne. Bientôt après, Louis Dupré était appelé, à son grand étonnement dans l’atelier du célèbre David. Ses progrès y furent rapides ; ses toiles, ses crayons, ses pinceaux, tous ses besoins d’artiste étaient prévus et satisfaits par le protecteur puissant dont le hasard l’avait doté : le hasard souvent joue un grand rôle dans la vie humaine. Le Cardinal Fesch employa le jeune Dupré aux travaux de sa galerie, et après dix-huit mois d’études, Dupré demandé par Jérôme roi de Westphalie, fut attaché comme peintre à sa maison. David perdit à regret son élève ; il entrevoyait son avenir. « Encore un an de travail, lui disait-il, et vous aviez le prix d’honneur ; mais allez mon ami, la fortune vous appelle, profitez de son sourire, elle est difficile et inconstante. » Dupré, le cœur plein de l’émotion de la gloire, embrassa son maître et partit. L’artiste grandit, et, protégé par Jérôme et Murat, il travailla tour à tour à Rome et à Naples. La famille impériale l’aimait, et avait deviné son talent.

Le critique d’art et collectionneur Paul Marmottan ajoute que Louis Dupré devint au cours de ses séjours à Naples, protégé de la famille Filangieri pour qui il réalisa plusieurs portraits. Il expose régulièrement au Salon sous la Restauration et en obtient la médaille d’or en 1824. L’année suivante, la Maison du Roi lui commande 12 dessins pour l’ouvrage du Sacre de Charles X. Après un voyage en Grèce et à travers l’Empire Ottoman, il publie encore un remarquable ouvrage illustré de ses dessins et aquarelles qui seront lithographiés par ses soins ; ses contemporains saluèrent cet admirable travail qui semblait exiger les efforts réunis et combinés de plusieurs peintres. Sur le même sujet, il expose en 1827 au salon, son fameux tableau Un Grec arborant son étendard sous les murs de Salone. Louis Dupré fut aussi un grand portraitiste, et la qualité de ses commanditaires témoigne de ses talents, comptant parmi eux Louis XVIII, les ducs d’Orléans, de Bourbon, de Grammont, le général Hippolyte Lecomte, le diplomate François de Pouqueville, le prince Michel Soutzo, Rossini, etc. Plus tard, les plus grands peintres assisteront aux funérailles de l’artiste ; parmi eux, David d’Angers dont Dupré était très proche, Hersent, Schnetz, Granet, Boulanger, Charlet, Seurre.

Provenance

Famille du général comte Manhès, premier aide de camp de Murat, ancien gouverneur de Naples

Biographie

Constant de Vilar, Campagne des Autrichiens contre Murat en 1815. Bruxelles, 1821.

Capitaine Robert Batty, An Historical sketch of the Compaign of 1815. London, 1820.

Paul Marmottan, L’école française de peinture, 1789-1830. Paris, 1886.

Article du Courrier, du 18 octobre 1837.

Bernard Manhès, La vie flamboyante et romanesque de Charles-Antoine comte Manhès, Premier aide de camp du roi Murat, lieutenant-général des Armées françaises. Publié à compte d’auteur.

Œuvre en rapport

« Le général Carlo Filangieri blessé avec le roi de Naples Joachim Murat », tableau exposé au Musée Filangieri, Palazzo Como de Naples