Sophie Liénard

1801-1875

Portrait de Joachim Murat

Circa 1840

12 x 15 cm

Portrait de Joachim Murat, en uniforme de Roi de Naples

Plaque en porcelaine, signé à droite « Sie Liénard » ; de forme ovale, cerclée dans un cadre orné en laiton doré ; notes au verso « Murat. Né à la Bastide Fortunière le 25 mars 1767, fusillé à Pizzo, en Calabre, le 13 octobre 1815 » avec isographie de la signature autographe de Murat.

Magnifique miniature représentant le portrait du Prince Joachim Murat, Maréchal d’Empire, Grand Duc de Berg puis Roi de Naples ; il est ici revêtu d’un uniforme blanc, col bleu, avec brandebourgs et épaulettes dorés, portant les décorations de l’Ordre royal des Deux-Siciles qu’il avait créé et la croix de la Légion d’Honneur, avec deux plaques dont celle de Grand Aigle.

Ce portrait d’une grande qualité, a été réalisé dans les ateliers de la manufacture Rihouet, par Sophie Liénard, l'une des plus brillantes peintres en miniatures sur porcelaine de l’Ecole française, sous la Monarchie de Juillet ; notre portrait sur plaque de porcelaine témoigne de la finesse d’exécution et du haut degré de raffinement des couleurs atteints dans ce genre tout à fait particulier.

Commande de la famille d’Orléans auprès de la manufacture Rihouet

Le portrait du prince Murat fait partie d’une série unique de portraits sur plaques de porcelaines, représentant les grands dignitaires de l’Empire, d’après les tableaux de grands maîtres, conservés pour la plupart dans les galeries historiques du musée de l’Histoire de France au château de Versailles.

En l’occurrence ici, notre portrait est une reprise de celui réalisé vers 1808, par François Gérard, aujourd’hui perdu, avec de légères variantes dans l’uniforme (inversion des couleurs notamment au niveau du col). Cette série répond très probablement à une vaste commande de la Monarchie de Juillet ou du duc d’Orléans qui appréciait tout particulièrement ce nouveau procédé et qui avait déjà commandé une première série représentant la famille royale.

À une époque où l’on est persuadé que ces tableaux anciens seront irrémédiablement détruits dans le temps, la copie sur porcelaine apparait alors comme un moyen plus sûr et plus précis en matière de reproduction, que les techniques de gravure ou de lithographie les plus avancées. Par sa dureté, et grâce à la finesse et l’extraordinaire jeu de couleurs qu’elle présente, la porcelaine apparait comme un moyen inaltérable et une façon de préserver les œuvres d’art. Jusqu’à l’apparition de la photographie, la miniature sur porcelaine restera véritablement un art d’une grande justesse et d’une extrême délicatesse par le rendu des couleurs, dont Sophie Liénard est la plus remarquable représentante de 1840 à 1860.

Les Liénard, une dynastie de peintres sur porcelaine

Sophie Girard (1801-1875) était l’épouse de Justin Liénard (1809-1878), peintre sur porcelaine de renom, mais sans lien apparent avec son homonyme incarné dans la dynastie des grands miniaturistes comme Jean-Baptiste Liénard (1750-1806) et Edouard Liénard (1778-1848).

Probablement élève de Sophie-Victoire Jacquotot, Justin Liénard fut actif à la manufacture de Sèvre dès 1828, portant sur les registres le titre de « peintre de figures » en 1833. D’après le catalogue de Mme Lemoine-Bouchard, des deux époux, seul Justin était entré à la manufacture de Sèvres, tandis que Sophie travailla longtemps pour Louis-Marie-François Rihouet, fabriquant de porcelaine ; il est certain que le couple partagea les mêmes techniques, leur art se confondant, certains portraits étant même attribués à l’un ou à l’autre.

Sophie Girard, fille de Jean-Alexis Girard et de Rose (ou Rosalie)-Adélaïde Saladin, avait comme grand-père maternel un marchand mercier, profession qui vendait notamment des boîtes à miniatures. Les premières œuvres de Sophie datent de 1820 et portent la signature de son nom de jeune fille ; mais elle fut principalement reconnue sous la Monarchie de Juillet en exposant au Salon de 1842 à 1847 puis sous le Second Empire, en signant « S Liénard » ou « Sophie Liénard ». 

Toujours d’après Lemoine-Bouchard, elle s’annonçait comme « peintre sur porcelaine à Paris, Place Royale n° 10 », dans l’Almanach général de la France et de l'étranger pour 1839 contenant 100.000 adresses. Elle apparaît encore dans l'Annuaire général du commerce Didot-Bottin de 1853, comme « Mme Liénard peintre-artiste, Meslay 43 », adresse du domicile conjugal.

La Manufacture Rihouet, faïencier du Roi

Sophie Liénard est une des artistes les plus brillantes de l’atelier de faïences de Rihouet. Louis-Marie-François Rihouet avait débuté son activité en 1818 et obtint dès 1824 le titre de faïencier du Roi. Proche de la famille d’Orléans qui lui fera de nombreuses commandes, Rihouet avait installé sa manufacture, 7 rue de la Paix et ne la vendit qu’à sa retraite en 1853.  C’est par ce biais que Sophie Liénard recevra ses plus belles commandes de la part de la famille royale, et de nombreuses familles princières à travers l’Europe.

Œuvre en rapport 

Baron Gérard. Portrait de Joachim Murat, Roi de Naples. Circa 1808. Fragment du tableau, collection privée (localisation inconnue).