Adèle Romany

1769-1846

Portrait de Joseph Souberbielle

S.d. (1814)

145 x 112,5 cm (cadre de bois doré à palmette)

Portrait de Joseph Souberbielle, en tenue de chirurgien major de la Gendarmerie impériale

Huile sur toile, signée en bas à droite « Adèle de Romance », inscription postérieure sur le siège « Docteur Joseph Souberbielle / né à Pontace le XIX Mars MDDLIV / mort à Paris le XI juillet MDCCCXLVIII ».

Beau portrait dans un grand format, du chirurgien major de la Gendarmerie, par une des plus fameuses portraitistes de son temps, Adèle Romany, dont le tableau figura au Salon des Artistes du Louvre.

Il s’agit du portrait de Joseph Souberbielle (1754-1848) représenté dans sa grande tenue de chirurgien major de la Gendarmerie impériale, son habit de drap bleu-impérial à revers, collets et manches écarlates, parements, épaulettes, aiguillette et boutons d’argent, gilet et culotte chamois ; le médecin est dans son cabinet, s’apprêtant à lire plusieurs ouvrages de médecine ouverts sur son bureau ; le choix du mobilier est élégant, avec le siège du chirurgien aux accoudoirs à tête de bélier, le buste de son oncle et protecteur, le grand chirurgien lithotomiste Jean Baseilhac à droite de son bureau, et en arrière-plan, un tableau laissant apercevoir la vue d’une ancienne propriété.

Malgré ses talents de médecin, Souberbielle fut souvent controversé par les témoignages de ses contemporains et par les historiens, à cause de son rôle pendant la période révolutionnaire. Issu d’une grande famille de médecins et de chirurgiens, élève de Jean Baseilhac dit le frère Côme, chirurgien lithotomiste dont il hérita les techniques d’opération, Souberbielle avait déjà acquis une grande notoriété à l’Hôtel-Dieu la veille de la Révolution. En 1789, il prit une part active à la prise de la Bastille, notamment en soignant les blessés, action qui lui vaudra d’être nommé chirurgien du bataillon des « Vainqueurs de la Bastille » qui formera dès 1792 la 35e division de gendarmerie. Pendant la Terreur, il fut le médecin personnel de Robespierre dont il resta un proche fidèle, et un des rares à pouvoir approcher facilement du « tyran » qu’il pensa une dernière fois le soir du 9 thermidor ; attaché au tribunal révolutionnaire comme juré, il fut aussi chargé de surveiller la santé des condamnés lors des grands procès, en particulier celui de la Reine Marie-Antoinette, et ceux de Danton et Desmoulins. Chirurgien major des armées, officier de santé du tribunal révolutionnaire et des prisons, Souberbielle prendra aussi la direction du service médical de l’Ecole de Mars dès sa création. Plus tard attaché comme médecin personnel du Consul Lebrun, futur archichancelier, il avait gardé sous l’Empire sa place de chirurgien major de la gendarmerie impériale et de la garde nationale de Paris, et fut reçu docteur en chirurgie en 1813. Pendant les premiers jours de la Restauration, il eut l’audace de se présenter, avec le corps médical militaire, devant la famille royale qui le démet de ses fonctions ; il continua d’exercer son art avec succès, écrivant plusieurs ouvrages en urologie et sur la lithotomie, perfectionnant l’instrument chirurgical qui lui permettait d’opérer ses patients de la pierre. Sa verve révolutionnaire l’écarta cependant de la politique et l’empêcha en vain, de briguer une place à l’Académie de médecine où il se présenta dès 1834.

Adèle de Romance (1769-1846) figure parmi les portraitistes de renom et les grands peintres de son époque, tels Robert Lefèvre, Rouget, Riesener, ou parmi ses congénères Adélaïde Labille-Guiard, Marie-Suzanne Roslin, Elisabeth Vigée-Lebrun dont elle était l’amie. Née Jeanne-Marie Mercier, fille naturelle du marquis de Romance, elle entra très tôt dans l’atelier de Sophie Regnault femme du fameux peintre néo-classique, et compléta sa formation artistique auprès de François-Antoine Romany, peintre miniaturiste, avec qui elle eut une liaison dès 1788 et qu’elle épousa en 1790. Adèle Romany exposa une première fois au Salon de 1793 en se présentant comme l’élève de Jean-Baptiste Regnault, et y figura ensuite régulièrement jusqu’en 1833. Ses contemporains, et même les critiques d’art, sont conquis par la qualité des expressions, la minutie des détails et par sa palette chromatique, joint « à la grande ressemblance de ses modèles et une manière très gracieuse ». Jeannerat recense près de 79 toiles exposées lors des Salon, avec des scènes de genre, des compositions allégoriques et un succès prononcé pour les portraits. Celui de Joseph Souberbielle fut exposé au Salon de 1814 sous le n°300, « (portrait) de M. Souberbille, [sic] chirurgien-major de la gendarmerie de Paris », au côté de sept autres portraits. Il est probable qu’Adèle de Romance exposa la même toile en 1817 sous le n°240, « Portrait du docteur S*** ». L’artiste avait présenté un sujet similaire au Salon de 1810, avec le portrait d’un autre médecin militaire, « M. S*** chirurgien en chef de la Garde impériale ; il se dispose à donner une leçon de botanique à son fils » [ici Jean-Joseph Sue, 1760-1830, qui partageait ses fonctions dans la Garde impériale avec Larrey].

Souberbielle qui était toujours en quête de reconnaissance, se fera portraiturer en tenue civil, par le baron Gérard en 1819 (portrait conservé au Musée des Beaux-Arts de Bayeux], sur un médaillon par David d’Angers en 1833, au moment où le chirurgien postulait pour l’Académie de médecine ; il existe encore, une rare gravure du chirurgien-major un uniforme, portant la décoration de la couronne de fer, par Prodhomme. Dernier survivant du procès de Marie-Antoinette en 1840, il est le seul membre du jury dont le daguerréotype par Trinquart, ait été conservé.

Biographie

Louis-Abel Beffroy de Reigny. Supplément nécessaire au Précis exact de la prise de la Bastille, avec des anecdotes curieuses sur le même sujet. Par le Cousin Jacques. (Paris, 1789). p.4, qualifié de chirurgien, renseignant sur son action auprès des blessés

Article biographique dans le Bulletin de la Société académique des Hautes-Pyrénées, année 1952, p24-25

Cadet de Gassicourt. Une curieuse figure du passé : Joseph Souberbielle, neveu de frère Come

Joseph Durieux, Près de la reine Marie-Antoinette, éd. 1933