Louis-Bertin Parant

1768-1851

Portrait d’Henri du Vergier comte de La Rochejaquelein, d’après Guérin

Circa 1820

25,5 x 30 x 0.90 cm (hors cadre)

Portrait d’Henri du Vergier comte de La Rochejaquelein, d’après Guérin, sur plaque en porcelaine.

Signé en bas à droite « L.B. Parant d’après pi.. Guerin. »

Superbe reprise du fameux portrait d’Henri de La Rochejaquelein d’après Guérin, sur grande plaque de porcelaine. Probablement sous la pression des Ultras et des familles royalistes de la Contre-Révolution, Louis XVIII commanda deux séries de portraits représentant les héros des Guerres de Vendée, en 1816 puis en 1821. Parmi la première série, figurent 9 tableaux dont celui de La Rochejaquelein par Pierre-Narcisse Guérin, Bonchamps et Cathelineau par Anne-Louis Girodet, Lescure par Robert Lefèvre, Charrette par Jean-Baptiste Paulin Guérin, auxquels s’ajoutaient deux généraux de la guerre de 1815, Constant de Suzannet par Jean-Baptiste Mauzaisse, et Louis de La Rochejaquelein peint également par Pierre-Narcisse Guérin. Ce dernier, élève de Regnault, premier prix de Rome en 1797, avait été un peintre réputée sous l’Empire, pour ses sujets antiques. De son atelier sortirent de grands noms de la peinture romantique parmi lesquels on compte Théodore Géricault et Eugène Delacroix. Guérin avait été nommé membre de l’Institut en 1815, professeur de l’Ecole des Beaux-Arts en 1816, lorsqu’il fut choisi pour peindre les deux portraits des frères La Rochejaquelein. Guérin aura la direction de l’Académie de France à Rome de 1822 à 1828. Le peintre montre un portrait héroïque d’Henri de La Rochejaquelein (1772-1794), dans toute la vigueur de sa jeunesse, blessé des suites de la bataille de Martigné-Briand à l’été 1793, montant à l’assaut des troupes républicaines évoquées à droite par les pointes des baïonnettes, la fumée noire et le feu des canons ; le jeune général pose devant un étendard blanc au cri de « Vive le Roi », que tient un paysan vendéen de l’Armée Catholique et Royale.

Ce tableau de Guérin qui eut une grande notoriété au Salon de 1817, est ici reproduit sur plaque de porcelaine, dans un format tout à fait inhabituel, par Louis-Bertin Parant (1768-1851) un des plus grands miniaturistes et peintres sur porcelaine de son temps.

Élève de Jean Leroy, il avait exposé au Salon des Artistes dès 1800, en fut lauréat en 1806 et 1808 comme peintre de portraits. Mais son œuvre fut particulièrement remarquable par ses sujets peints sous la forme du camée en imitant la sardoine, l’agathe, la cornaline et le jaspe vert, technique qui lui était propre et dont il s’était fait la spécialité. A ce titre, Parant travailla régulièrement pour la Manufacture impériale de Sèvre où il était demandé par Brongniart pour la réalisation de pièces d’une grande virtuosité. Très apprécié aussi de Napoléon et de l’Impératrice Joséphine, il exécuta plusieurs miniatures à l’antique de l’Empereur et de sa famille, imitant l’effet du camée. Parmi ses plus belles réalisations, on retiendra les camées allégoriques d’une écuelle impériale de forme « coupe Gérard » offerte par Napoléon à l’Impératrice Marie-Louise à l’occasion du baptême du Roi de Rome (récemment acquise par le Musée du château de Fontainebleau) ; la table de porcelaine, dite guéridon des grands commandants de l’Antiquité, commandé par Napoléon en 1812, représentant des capitaines grecs et romains, avec un sujet historique de la vie de chacun d’eux (aujourd’hui au Palais de Buckingham)  ; ou encore, le plateau de porcelaine décorée en manière de camée, représentant l’apothéose d’Henri IV, commandé en 1818 par Louis XVIII et offert au duc d’Angoulême (Musée du château de Pau).

Si Parant réalisait la plupart du temps ses propres compositions, il avait aussi l’habitude de s’inspirer ou de reprendre les dessins ou les peintures les plus connues de ses contemporains, comme ce fut le cas pour l’écuelle impériale vue plus haut, où il reprenait les dessins que Prud’hon avait fait pour le berceau du Roi de Rome. Pour le portrait de La Rochejaquelein d’après Guérin, Parant suit le mouvement artistique de l’époque, dans la sauvegarde des œuvres ; avant la découverte de la photographie, la copie sur porcelaine apparait alors comme un moyen plus sûr et plus précis en matière de reproduction, que les techniques de gravure ou de lithographie les plus avancées. Par sa dureté, et grâce à sa finesse et l’extraordinaire jeu de couleurs, la porcelaine apparait comme un moyen inaltérable et une façon de préserver les tableaux de maîtres. Comme Liénard, célèbre miniaturiste sur porcelaine du début du XIXe siècle, Parant semble avoir eu son propre atelier pour réaliser ce type de reproduction d’oeuvres ; cependant, comme le suggère M. Bernard Chevallier, ancien Conservateur du Château de la Malmaison, vue la dimension et la qualité exceptionnelle de notre œuvre, il est très probable que Parant ait répondu à une commande importante de la Manufacture de Dihl et Guérard.