François Gérard et son atelier

1770-1837

Portrait en buste de Napoléon Ier en tenue de Sacre

82 x 63,5 cm (probablement très légèrement réduit en hauteur) 

Circa 1805

Le portrait de Napoléon en tenue de Sacre, peint par Gérard, est sans aucun doute le chef d’œuvre réalisé par l’artiste, le plus emblématique de la période impériale. C’est en 1804 que le peintre Gérard, qui avait le don du portrait, fut choisi pour représenter l’Empereur dans la tenue du grand costume de Sacre dessiné par Isabey et Percier. Achevé en 1805, ce grand portrait en pied était destiné à l’hôtel particulier du ministre des Relations extérieures, Talleyrand. L’œuvre qui dégage un faste impérial connut un tel succès que le ministre de l’Intérieur Champagny commanda une série de répliques en pied ou en buste, pour la famille impériale, les grands officiers et dignitaires de l’Empire, les ambassades ou encore pour être offert en présents aux souverains étrangers. Si les copies officielles exécutées par l’atelier de Gérard furent nombreuses (pas moins de 20 portraits en pieds sont actuellement inventoriés dans le monde), les portraits de Napoléon, demeurent cependant d’une grande qualité et reste extrêmement rare sur le marché de l’art. 

L’image du nouveau régime était capitale aux yeux de Napoléon qui souhaitait légitimer la nouvelle dynastie impériale. Pour ce faire, il devait renouer avec les traditions monarchiques, rappelant les représentations de l’Ancien Régime tout en s’en distinguant, n’hésitant pas à faire plutôt référence aux Empereurs de l’Antiquité et à Charlemagne.  

Dans notre portrait en buste, on est frappé par la majesté solennelle de la figure de l’Empereur portant la double couronne de lauriers en or de l’orfèvre Biennais et le grand collier de la Légion d’Honneur, qui remplace désormais le prestigieux Ordre du Saint-Esprit ; l’accent est mis sur la somptuosité du costume du sacre, les riches broderies en or de l’habillement, les fines dentelles ressortant sur le lourd manteau d’hermine et de velours rouge orné des abeilles impériales, nouveaux symboles devant les lys de l’ancienne France . On aperçoit encore au côté, l’épée que Napoléon portait déjà lorsqu’il était Premier Consul, réalisée par le fourbisseur Boutet, l’orfèvre Odiot et le joaillier Nitot pour les diamants qu’orne la garde. 

A la même époque, seuls deux grands portraits de l’Empereur Napoléon en tenue de Sacre, et présentés au Salon de 1806, rivalisèrent avec celui de Gérard : celui de Ingres, représenté sur son trône en majesté, à l’aspect divinisé voir déshumanisé au point que le tableau choqua les critiques de l’époque ; celui de Robert Lefèvre, qui était destiné au Corps Législatif et dont on compte plusieurs répliques pour les grands Corps de l’Etat. Plus tardif, on retiendra encore celui de Girodet commandé à l’artiste en 1812 pour les tribunaux de l’Empire.  

Popularisée par la belle gravure de Boucher-Desnoyers en 1808 qui sera largement diffusée, et les nombreuses productions des manufactures de Sèvres et des Gobelins, l’œuvre de Gérard demeure indéniablement dans l’opinion de l’époque et encore aujourd’hui, l’image officielle de Napoléon.  

Biographie

Christophe Beyeler, Napoléon, l’Art en majesté. Ed. Monza, Château de Fontainebleau, (2017). 

Napoleon, Images de la légende / Images of the Napoleonic Legend. Ed. Somogy 2017. 

Cantarel-Besson et Constans. Napoléon, images et histoire. Peinture du château de Versailles. 1789-1815. Ed. RMN 2001 

Sous la direction de Sylvain Cordier, Napoléon, la Maison de l’Empereur. Ed. Musée des Beaux-Arts de Montréal 

Sous la direction de Bernard Chevalier, Napoléon. Ed. Musée Stewart au Fort de l’île Sainte-Hélène (Québec), 1999