Jacques-Edme Dumont

1761-1844

Portrait en buste du général Marceau

Circa 1800

49 x 29 x 23 cm

Terre cuite, titré « Marceau » sur la base ; manque quatre boutons au dolman.

Fils d’Edme Dumont (1720-1775), sculpteur du roi, Jacques-Edme Dumont (1761-1844) apprend dès 1775 la sculpture dans l’atelier d’Augustin Pajou, ami de son père, puis entre en 1777 à l’Ecole royale des élèves protégés, que dirige le même Pajou. Il obtient le second prix de Rome en 1783 puis le Premier prix de sculpture en 1788 avec La mort de Tarquin. Il part alors pour l’Académie de France à Rome où il se forme à l’art néoclassique, séjourne quelques temps à Naples avant de rentrer en France en 1793. Dumont expose aux Salons dès 1795 des œuvres d’inspiration républicaine ou classique (Paul et Virginie) mais sa carrière de sculpteur ne démarre réellement que sous le Consulat et l’Empire où il reçoit des commandes officielles, réalisant des portraits ou des décorations de statues ou de bas-reliefs, principalement pour le palais du Louvre. Il est notamment sélectionné parmi les meilleurs sculpteurs de son temps chargés de réaliser une série de bustes de généraux de la Révolution, commandée par le Premier Consul Bonaparte ; pour cela, les administrateurs du Musée national demandent à Dumont d’exécuter le portrait du général Marceau (1800), et celui du général Causse (1802). Plus tard, parmi les autres œuvres qui feront la renommée de Dumont, figurent la sculpture de Jean-Baptiste Colbert pour les marches du Palais Bourbon (1808), le groupe de Vulcain entouré des armures qu’il fabrique pour les dieux, pour l’escalier du Palais du Louvre (1812), Malherbes pour le Palais de Justice de Paris (1819), La Tragédie et la Comédie de la Cour carrée du Louvre (1824), ou encore la statue du général Pichegru (1824).

Pour le buste du général Marceau, Dumont présente un premier travail en terre cuite (ou en plâtre) au Salon de 1800 (n°427), puis la sculpture définitive en marbre au Salon de 1801. Placé dans la Galerie des Consuls (Galerie de Diane) aux Tuileries, la sculpture sera détruite par la Commune lors de l’incendie de 1871. Le Musée du Louvre conserve aujourd’hui un buste en terre cuite, d’une grande finition et très proche de notre exemplaire (inv. RF 2988). Considéré comme le modèle du marbre, ce buste avait été offert en 1937 par le descendant du sculpteur [Archives Nationale, Série S8 des Musées nationaux, n°20144793/17. Auguste Dumont fils du sculpteur, avait proposé d’en faire l’acquisition en 1855, mais le don fut refusé ; c’est son descendant, le commandant Dumont qui offrira finalement cette œuvre en février 1937]. Il subsiste encore deux moulages de ce buste, qui avaient été commandés par Louis-Philippe à Jacquet pour les Galeries historiques de Versailles. Enfin, deux autres portraits en pied cette fois-ci, de Marceau par Dumont, sont conservés au Louvre (Inv. 2711 et 2707), et sont les modèles préparatoires de la sculpture commandée en 1804 pour le Palais du Luxembourg.

Notre buste en terre cuite est vraisemblablement l’esquisse préparatoire du portrait de Marceau reprenant le modèle de 1800 pour être destinée au Palais de Saint-Cloud. Il existe en effet une commande pour Saint-Cloud, des bustes des officiers généraux et des aides de camp de l'empereur qui ont été tués, demande exprimée dans le courant de l’année 1803 par le général Duroc, Gouverneur des Palais (Archives Nationale, Série S6 des Musées nationaux, n°20144793/12].

Étude de travail pour cet important portrait, l’œuvre présente le même modelé traité avec vigueur que l’exemplaire conservé au Louvre ; elle laisse apparaitre de nombreuses traces d’outils et est largement évidée par l’arrière. Par rapport, à l’exemplaire conservé au Louvre, on observe quelques légères variantes, notamment au niveau du buste tourné vers la gauche. Bien qu’esquissés, les moindres détails de l’uniforme de Hussards et surtout de la coiffure, sont inscrits dans la terre. Si l'on retrouve dans notre buste l'expression volontaire et martiale de l'œuvre définitive, Dumont nous propose ici une vision presque romantique du général Marceau; le col est plus largement ouvert, les cheveux sont traités en larges mèches qui retombent négligemment sur les épaules et le foulard semble s'agiter d'un souffle.

François-Séverin Marceau-Desgravier dit Marceau (1769-1796) était et reste une figure mythique parmi les généraux de la Révolution. Engagé à 16 ans, général à 24 ans ; après avoir participé aux guerres de Vendée, il se distingue à la bataille de Fleurus puis au blocus de Mayence, et meurt en héros à 27 ans en pleine campagne sous les balles autrichiennes. Le sculpteur Dumont nous en offre un superbe portrait, saisissant grâce au modelé de la terre cuite, s’attachant à donner un regard expressif du jeune héros, tout en gardant les détails extérieures du personnages (uniforme et coiffure).

Œuvres en rapport, par le sculpteur Jacques-Edme Dumont

Marceau, général de division, buste en terre cuite (An 8, 1800), Musée du Louvre, inventaire RF 2988, collection Auguste Dumont (1801-1884), offert par son descendant en 1937. Probablement le modèle du marbre commandé le 23 mars 1800 par le ministre de l'intérieur et destiné à la galerie des Consuls (Galerie de Diane) au palais des Tuileries. Le marbre exposé au Salon de 1801, n°429, a disparu dans l'incendie de 1871 ; un exemplaire en plâtre est conservé au musée de Versailles, un autre au musée de Chartres (MV 526 et 1582)

Marceau en uniforme de hussard, statuette en terre cuite (c. 1804), Musée du Louvre, RF 2711, ancienne collection Paul Cailleux (1884-1964).

Marceau en uniforme d'apparat, statuette en terre cuite (c. 1804), Musée du Louvre, RF 2707, collection du commandant Dumont, descendant du sculpteur. Il s’agit de deux petits modèles (première et seconde version) de la statue commandée en 1804 par les prêteurs pour l'escalier du Sénat conservateur au palais du Luxembourg (statue qui a disparu à la Restauration).

Marceau, buste du général, circa 1801, Nogent sur Marne, Musée Camille Claudel, Inv. 1905-24, collection Vve Dubois Paul

Biographie

G. Hubert, Deux maquettes de Jacques-Edme Dumont, Revue des arts décoratifs, tome 3, 1951, pp. 181-183.

S. Lami, Dictionnaire des sculpteurs de l'école française au dix-huitième siècle, Tome I, 1910 (rééd. 1970), pp. 301-306.

Une famille d’artistes : Les Dumont, 1660-1884. Librairie Delagrave, 1890.