Théodore Géricault

1791-1824

Tête de cheval, d’après La Bataille d’Aboukir par Antoine-Jean Gros

Huile sur toile, rentoilé dans la deuxième moitié du XXe siècle, le châssis modifié à la même époque.

Tableau nettoyé et restauré en 2013 par Mme Laurence Baron-Callegari (Restaurateur du Patrimoine, diplômée de L’IFROA).

66 x 54 cm (hors cadre)

Trois témoignages historiques à propos des relations artistiques entre Géricault et le peintre Gros, permettent d’apprécier l’inspiration de notre tableau.

Le premier est celui de son biographe, Batissier, qui confirme la vénération du jeune Géricault pour l’art du peintre Gros : « Quant à Gros, Géricault avait pour lui une admiration qui tenait du fanatisme. Chaque ouvrage de ce maître était pour le jeune peintre le sujet des méditations les plus sérieuses. Il allait sans cesse les voir, les étudier. Puis rentré chez lui, il traduisait ses impressions sur la toile (…) ».

Le deuxième témoignage de Dedreux-Dorcy, ami intime de Géricault, confirme cette première affirmation ; pour lui, « Géricault ressentait de l’adoration pour Gros ; il n’en parlait qu’avec enthousiasme et respect. Leurs deux talents étaient cependant dissemblables (…). Mais c’est surtout dans la représentation des chevaux que Gros a été son maître. Géricault, dans ses chevaux, exprime peut-être mieux la force ».

Enfin, une troisième source provenant du manuscrit de Montfort, élève de Géricault, cite les thèmes d’inspiration qui tenait à cœur au peintre : « Avec quelle passion ne me dépeignait-il pas, parmi les œuvres de Gros, soit la Peste de Jaffa, soit la Bataille d’Aboukir ou celle de Wagram, avec une pièce d’artillerie, à la droite du tableau, enlevée au galop par des chevaux couverts d’écume, et dont les roues font voler la boue dans leur mouvement rapide ; puis encore je lui demandais dans quel tableau moderne il trouvait les plus grandes qualités de dessin : il me cita, dans les Pestiférés de Jaffa, les figures sur le devant de la composition ».

Plusieurs œuvres attestent l’idée que Géricault ait copié voir réinterprété des tableaux de son mentor, le peintre Gros, comme ces trois dessins qu’il a probablement réalisés au cours du Salon de 1810 représentant la Prise de Madrid, ou encore l’esquisse représentant Bonaparte haranguant l’armée avant la Bataille des Pyramides. Pour notre tête de cheval, Géricault s’est très probablement inspiré d’un détail du tableau monumental que Gros avait exposé au Salon de 1806, la Charge de cavalerie exécutée par le général Murat, à la bataille d’Aboukir, en Égypte. Cette œuvre de Gros, novatrice par son style, avait alors provoqué plusieurs controverses et avait été défendue par Girodet et plus tard par Delacroix. Si le grand tableau, on l’a dit, fascinait Géricault en 1822-1823 (à l’époque de sa maladie), c’est sans aucun doute pour ses audaces formelles et cette incroyable mêlée de chevaux (on en dénombre une dizaine), de combattants de différentes couleurs et nationalités. Si l’on en croit une mention ancienne de 1844, Géricault aurait copié le cheval de Murat, c’est à-dire le vainqueur (tableau non localisé) en même temps qu’il se décidait à copier la tête du cheval vaincu, celui du pacha Mustapha (notre tableau). C’est bien cette tête qu’évoquait, en 1872, le collectionneur Charles Cournault (1815-1904) dans une sorte de plan numéroté d’un panneau de son atelier, composé d’œuvres diverses et de copies faites par lui : « Tête de cheval jaune par moi d’après Géricault qui l’avait copiée lui-même d’après un cheval de Gros de la bataille d’Aboukir ».

Provenance

Catalogue de tableaux anciens et modernes, esquisses, ébauches, études, dessins anciens et modernes, par des maîtres de toutes les Écoles […] qui composaient le cabinet et l’atelier de M. Rouillard, chevalier de la Légion d’honneur et peintre d’histoire, dont la vente se fera par cause de son décès, Bonnefons de Laviale, commissaire-priseur, Defer, expert, Paris, Hôtel de ventes, rue des Jeuneurs, 42, salle n° 3, 21-24 février 1853, n° 129 : « Tableaux/ Géricault. Tête de cheval d’après Gros ».

Ce tableau sera inclus dans le Catalogue raisonné des tableaux de Théodore Géricault, actuellement en préparation par M. Bruno Chenique.